Analyse: l’adhésion du Maroc à l’Union africaine et son impact

Le 31 janvier 2017 est maintenant considéré comme un jour important de l’histoire du Maroc. En effet, l’adhésion du Maroc à l’Union africaine est perçue, par les diplomates marocains, comme une victoire majeure du Royaume chérifien, comme le montre les multiples messages de félicitations qu’a pu recevoir le souverain vis-à-vis du retour du Maroc dans sa famille africaine. Le discours mythique que Sa Majesté le roi Mohammed VI a prononcé résume très bien ce succès politique, économique et culturel au niveau africain.

L’adhésion (ou plutôt, la ré-adhésion) du Maroc au sein de l’Union africaine mériterait vraiment une analyse à elle toute seule: il est le résultat d’une stratégie vieille d’une quinzaine années, conçu par le roi Mohammed VI, ainsi que ces conseillers. Une stratégie pragmatique sur le long terme, dont la première étape commença au début des années 2000, lorsque la dette des pays les moins développé d’Afrique fut suspendu par le Maroc. Parmi ces pays-ci, des pays comme le Mali ou le Niger, qui sont plus ou moins des alliés du Maroc de nos jours. Le roi choisit ensuite de rendre les visites dans les pays africains encore plus fréquentes: elles concernent, dans un premier temps, l’Afrique de l’Ouest (Sénégal, Côte d’Ivoire, Guinée), puis central (Cameroun, Congo, Gabon, Centrafrique). Plus récemment, l’Afrique de l’Est est aussi concerné par la politique de coopération Sud-Sud (Tanzanie, Rwanda, Madagascar, Ethiopie, Soudan du Sud).

Néanmoins, nous pouvons nous demander pourquoi le Maroc fait-il tous ses efforts afin de se rapprocher des pays africains. La question qui se pose donc : Quel sera l’impact l’intégration du Maroc à l’Union africaine ?

Économiquement, un avantage pour le Maroc.

Du point de vue économique, l’Union africaine est intéressante pour le Maroc. En effet, cela permettra au Maroc de pouvoir mieux infiltrer le très prometteur marché Africain. Le Maroc est, actuellement, le deuxième plus grand investisseur d’Afrique, et ce derrière la plus grande puissance économique du continent: l’Afrique du Sud qui est en perte d’influence croissante depuis plusieurs années.

Malheureusement, les gros investissements du Maroc sont limités à un nombre limité de pays: Sénégal, Guinée, Côte d’Ivoire. Le Maroc a encore une position confortable en Afrique de l’Ouest dû à une alliance historique qui remonte à des siècles et la facilité de la langue pour les investisseurs. En dépit des gros investissements réalisés par l’OCP et les banques marocaines dans des gros marchés anglophones comme l’Ethiopie, le Nigeria, le secteur privé est amené à entreprendre davantage d’efforts pour consolider ces nouvelles alliances.

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Le Maroc est aussi un pays stable politiquement et assez riche dans sa diversité économique (même si les inégalités sociales existent au Maroc ainsi que plusieurs grands défis sociaux, le pays est extrêmement riche comparé au reste de l’Afrique.) Par exemple, le salaire minimum est le plus élevé d’Afrique, et est deux fois plus grand que celui de l’Algérie, classé second. De ce fait, le Maroc pourra favoriser voir contribuer au développement économique de l’Afrique, par le biais d’investissement (dans le domaine de l’agriculture, dans des pays comme la République démocratique du Congo, le Soudan du Sud, ou le Kenya), ainsi que la vente de ses services (comme la reconstruction de la capitale du Soudan du Sud, Juba, qui sera réalisée par Al-Omran, une compagnie marocaine) aux nations africaines. En résumé, le Maroc dispose des instruments qui sont adaptés à la demande des marchés africains.

Le Royaume est, en effet, basé sur une économie tertiaire, basées sur le secteur des services. Il est le seul en Afrique avec l’île Maurice, a avoir basé son économie là-dessus. Or, le Maroc possède une expertise dans un très grand nombre de domaines : agriculture, construction BTP, communication, finance, télécoms, routes, ports, aéroports, etc. Le Maroc peut ainsi se targuer d’avoir des arguments solides et pragmatiques: le Maroc peut apporter ses connaissances dans ces domaines-ci pour renforcer l’Afrique. Et cela marche: 42 pays sur 53 ont voulu que le Maroc rejoint l’Union africaine. 42/53. En pourcentage, cela correspond à 79,2% d’Etats. Cela a un sens.

Durant ses 46 visites royales dans 26 pays africains, le roi a mis en place des projets stratégiques majeurs. Parmi eux, nous avons le AAGP (Atlantic African Gas Pipeline, ou Gazoduc africano-atlantique en français), signé avant l’arrivée du roi au Nigéria, qui devra transporter du gaz vers l’Europe en traversant le Maroc. Néanmoins, le projet est intéressant pour tous les pays de la région, en apportant donc du gaz pouvant permettre à électrifier la région, afin d’améliorer le niveau de vie des habitants de ces pays-là ou de pouvoir faire tourner des usines. De plus, de nombreux accords bilatéraux furent lancé. La création d’une usine à engrais, produit à partir de phosphate marocaine, au Nigéria et en Ethiopie, sont des exemples marquants dans des pays minés par la rente pétrolière et aux chocs démographiques.

L’Union Africaine souhaiterait, de plus, créer une zone de libre-échange au niveau de l’Afrique, ainsi qu’une union douanière et monétaire. Si le premier serait très bénéfique pour le Maroc, boostant ainsi ses exportations vers les pays africains, et réduisant le coût de ses importations (comme du pétrole ou du gaz), le Maroc serait plus réticent vis-à-vis de l’union douanière et monétaire: le Maroc souhaiterait en effet avoir un contrôle sur sa monnaie et sur son économie.

Le début de la fin pour le Polisario?

Au niveau politique, la réintégration du Maroc au sein de l’Union africaine va considérablement consolider les liens de fraternité, d’amitié et les relations bilatéraux avec les pays africains. De ce fait, on peut imaginer que cela serait bien pour défendre l’intégrité territoriale du Maroc: en complément avec l’apport économique du Royaume en Afrique, cette diplomatie économique aidera beaucoup le Maroc dans la recherche d’alliés dans le dossier du Sahara, afin de pouvoir défendre l’intégrité du Maroc et de combattre le problème au sein même de l’Union et rétablir la légalité internationale.

Le Maroc a, de plus, une très grande expertise au niveau de la sécurité & de la lutte contre le terrorisme. De plus, le Maroc a une certaine expérience dans la résolution de conflit de manière pacifique: tentative d’accord entre la Palestine et Israël, les accords de Skhirat pour la guerre civile libyenne, les guerres civiles congolaises et centrafricaines ou le Maroc est intervenu militairement dans le cadre d’opération de maintien de la paix, mais aussi en Bosnie ou en Albanie. Le Maroc a, en tout, participé à 6 opérations de maintien de la paix sous l’égide de l’ONU. Il faut aussi rappeler que le Royaume a su faire signer un accord de paix entre ses deux alliés Gabon et Guinée Equatoriale sur les eaux territoriales qui contiennent du pétrole lors de l’Africa Action Summit.

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De plus, par le biais d’une régularisation de la situation de milliers de subsahariens, le Maroc a ainsi exprimé son envie de consolider les liens avec l’Afrique. Nous pouvons aussi parler du Maroc, qui forme des imams et oulémas d’une demi-douzaine de pays africains, mettant en évidence son leadership spirituel dans la région.

L’Union africaine souhaiterait, de plus, créer une union politique, avec une politique d’ouverture similaire à ce que l’Union européenne, impliquant ainsi la création d’un passeport unique. Le Maroc s’y opposerait, car étant un pays souverainiste, il souhaiterait avoir un contrôle de ses frontières. De plus, le passeport marocain est bien plus puissant que la majorité des passeports africains.

Que du bien, au final?

Si nous excluons les pays de l’axe Alger-Prétoria, oui, le retour du Maroc est bénéfique pour toute l’Afrique, en pouvant apporter une expertise de qualité supérieure mais à un prix nettement plus abordable que leur équivalent européen. Le Maroc pourra, de son côté, gagné politiquement (lutte contre le Polisario) et économiquement (libre-échange, etc.).

Les seuls perdants de l’Histoire sont ceux, au final, qui ont préféré utiliser l’Union africaine à leurs fins personnelles au final: Mugabe & co.

 

1 Comment

  • Yaya hedjer issak Reply

    février 9, 2017 at 12:28

    Bonjour!
    Nous les futurs cadres africains ( étudiants africains résidants au Maroc), nous vous félicitons de cette grande victoire( retour du Maroc à l’union africaine) et nous sommes reconnaissants de notre séjours au Maroc en toute sécurité et amour, nous suivons de très près toutes les aides que le Maroc donne aux pays africains et sa contribution dans le développement des pays africains.
    Sa majesté le Roi a beaucoup de courage et à beaucoup d’amour pour l’Afrique, nous lui souhaitons bonne chance dans toutes ses volontés et que Dieu les protèges lui et sa famille.
    Une question à vous poser:
    Pourquoi le Maroc n’investit pas au Tchad ?
    YAYA HEDJER ISSAK

     

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