Les revendications sociales et économiques dans le Rif sont légitimes

Depuis plusieurs mois, des manifestations quotidiennes ont lieu à Al-Hoceima et dans les alentours de cette province du Royaume. Dans le contexte du décès de Mohcine Fikri, les manifestations se sont orientées vers la demande de la fin du mépris de la classe politique à l’égard de cette région vers des revendications économique et sociales précises et légitimes.

La majorité de ces revendications sont d’ordre sociales et économiques. En effet, les habitants de cette région sont marginalisés économiquement et socialement depuis l’indépendance du Maroc. Bien que le Roi Mohammed VI a entamé une politique ambitieuse pour le Rif, le coeur du Rif souffre encore. Les deux grands futurs pôles économiques du pays, à savoir, Tanger et Nador ne se situent pas au centre du Rif contrairement aux villes d’Al Hoceima, Boukidan, Imzouren. Ainsi, un militant confiant que  »ce sont des attaques contre nos acquis sociaux, économiques et politiques l’adoption d’une politique d’exclusion et de marginalisation contre les habitants du Rif ont provoqué cette dynamique populaire, comme une réaction collective contre la hogra ».

Quelles sont ses revendications ?

  • La démilitarisation du Rif par l’Etat marocain
  • Un plan d’urgence de désenclavement de la région conformément à la Constitution et au projet de régionalisation avancée
  • Une politique de l’emploi avec une dynamique concentrée en une zone industrielle, promotion touristique face à l’une des plus belles baies du monde, la substitution de la culture du cannabis par l’agriculture intensive
  • La mise en place de grands hôpitaux régionaux, particulièrement spécialisé dans les traitements de cancer (le Rif est la région la plus cancéreuse du pays suite aux bombardements espagnols et français sur la région durant le protectorat).
  • La fin du despotisme régnant dans la région ainsi qu’une justice équitable.
  • Le respect de la langue amazighe comme patrimoine commun de tous les marocains. Bien qu’elle soit langue officielle et que la Constitution lui garantit sa pleine place au Maroc, son utilisation dans la sphère public reste limitée selon les activistes.

Les inégalités sociales, culturelles et économiques se creusent entre cette région et la dynamique économique du pays. 

L’Etat marocain a misé plutôt sur la liberté d’expression voulant jouer sur l’effet temps tout en laissant les protestations s’étendre dans plusieurs villes. Récemment, l’État a décidé d’opter pour une intervention des services de sécurité.

Cependant, l’histoire du pays est un facteur essentiel pour comprendre les réalités sociales de nos régions et qu’accepter nos torts nous agrandissent. L’Instance Equité et Réconciliation est l’une des étapes majeures de la réconciliation du peuple marocain avec l’Etat mais il doit également inclure toutes les régions du pays comme un seul bloc derrière un projet commun. Le sentiment d’appartenance à la nation existera lorsque l’Etat répondra aux attentes

L’histoire nous montre qu’il y a eu Abdelkrim al-Khattabi, devenu héros de la lutte anticolonialiste Deux après l’indépendance, la région s’est révoltée contre le pouvoir royal parce que les habitants se considéraient exclus de la gestion du pays. La révolte fut violemment réprimée par le régime de Hassan II. Depuis, le fossé s’est creusé de plus en plus entre la région et le système central marocain.

En 1984, de nouvelles protestations ont éclaté contre la cherté de la vie et la hausse du chômage, résultat de l’application d’une politique de réajustement structurel, des dépenses lourdes résultant de la guerre au Sahara ainsi que de nombreux facteurs économiques. De nouveau, l’État marocain a répondu par la répression.

Al Hoceima a été également très actif dans la volonté de réviser la Constitution en 2011 posant les premiers jalons d’un Etat moderne, transitionnel vers la démocratie et posant les bases d’un Etat de droit. Aujourd’hui, bien que les ménages marocains estiment qu’il y’a eu une amélioration des droits de l’homme, selon les chiffres du HCP, la région du Rif souligne qu’il n’y a eu aucun effort fait en ce sens.

Ce qui fait la force de ce mouvement, c’est aussi qu’il embrasse toutes les générations de la région. N’oublions pas que la répression de l’Etat marocain sur des activistes marxistes-léninistes (Ould Sayed) est l’une des causes de la fondation du Polisario et a facilité sa création.

Cent jours après le début des manifestations dans le Rif, il faut souligner qu’un vrai dialogue inclusif doit être instauré entre les habitants de nos provinces rifaines et l’Etat marocain. L’expérience saharaouie nous a démontrée que les problèmes sociaux, économiques ne peuvent jamais être résolues par la violence, la guerre. Les Rifs font parti du Maroc et ont toute leur place dans notre pays. Au niveau de l’Etat, le Roi Mohammed VI a chargé le ministre de l’Intérieur de mettre en place ce dialogue demandé par les militants rifains et d’activer les fonds de développement promis pour cette région.

Pour conclure, le Maroc n’est pas comme les autres pays arabes/amazighs de la région, son pouvoir est légitime contrairement à nos voisins. Cependant la légitimité du pouvoir ne doit pas permettre de fermer les yeux sur les réalités sociales de notre pays, même si nous ne résoudrons pas l’ensemble des problèmes du jour au lendemain, la considération des habitants et les écouter permet de tisser des liens de confiance encore plus fort entre notre pouvoir et ses différentes régions.

 

 

 

 

 

 

Mohammed Tabit389 Posts

Directeur technique du groupe discovery morocco.Entrepreneur web et dévelopeur marocain.

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