Analyse de la politique étrangère américaine au Maroc sous Trump

La BCIJ fait parti des services de renseignements les plus performants au Monde. Un atout pour séduire l'administration Trump?

Si le vendredi 21 janvier 2017 marquait l’investiture du 45e président des Etats-Unis, Donald Trump, cette date marque ainsi un nouveau chapitre dans la politique étrangère américaine.

Le candidat républicain a, en effet, mis en avant le protectionnisme comme mot-clé de sa campagne, en privilégiant les Etats-Unis (« America First » fut un des slogans du Président élu ») et évitant au maximum son implication au niveau mondial. Le tout en déclarant la guerre au terrorisme. Si ces mesures peuvent être bien vues par certains Etats, voyant ainsi une minimisation du rôle des USA à l’international, la civilisation occidentale s’en voit tout de même plus fragilisée. L’OTAN (Organisation transatlantique nord) et l’UE (Union européenne).

Nous sommes en droit de nous demander si, de ce fait, la politique étrangère des Etats-Unis dans la région MENA évoluera. La réponse est bien évidemment oui. Du moins, au Moyen-Orient. Il est clair que le rôle d’Israël sera encore plus important sous Trump, comme il le dit lui-même dans ses discours. Néanmoins, la question du Maghreb a totalement été oubliée par Trump. Si nous devons nous baser sur une analyse de ses propos uniquement, nous pourrions penser que le Maghreb, voire l’Afrique en général, est complètement oubliée par le nouveau président américain.

Mais, nous pouvons en revanche analyser la pensée, l’idéologie de Trump afin de pouvoir en sortir quelque chose de plus ou moins logique.

Nous pouvons de cette manière être sûrs que les pays du Maghreb doivent s’attendre à de grands changements dans leur relation avec les Etats-Unis. Le pragmatisme remplacera à court-terme l’idéologie. Le Maroc et l’Algérie, ayant tous les deux, de grands atouts à jouer, nous pouvons nous attendre à une nouvelle sorte de guerre froide entre les deux nations arabo-berbères.

Différents atouts mis en avant

Dans un coin, nous aurons l’Algérie qui jouera la carte des hydrocarbures, et est considérée comme un marché énergétique alternatif potentiel; quoiqu’en recul ces dernières années. L’Algérie connaît actuellement une énorme crise sociale et économique, avec une flambée des prix accompagnée de la baisse du prix des hydrocarbures. Les caisses de l’Etat ont une durée de vie estimée à 4 ans si le prix du baril reste sous la barre des US$45 – et ce avec la politique d’austérité menée par Alger. Il ne faut pas oublier que l’Algérie est le second pays qui dépense le plus de fonds en équipements militaires sur le continent, juste derrière l’Egypte et juste devant… le Maroc.

Le Maroc, est quant à lui un allié traditionnel et stratégique des Etats-Unis, et ce depuis une trentaine d’années. Principalement par les Républicains, qui ont la majorité au Sénat et qui sont au pouvoir. Trump étant républicain, tout comme ses conseillers, son élection est un avantage pour le Royaume. De plus, les services de renseignements marocains sont parmi les plus performants au monde, et les Etats-Unis ne le savent que trop bien. Le Maroc est un allié des USA dans la lutte contre le terrorisme. Il est par ailleurs vu comme le seul élément stable de la région. La politique économique menée par le Maroc en Afrique, et le leadership marocain (comme le montre la gestion de la crise de Guinée-Bissau en 2017) sont aussi des arguments non négligeables.

Nous pouvons donc nous attendre à une guerre froide entre ces deux pays, mais principalement sous forme de lobbying. Un avantage du Maroc est le pragmatisme américain, sur le coup: Alger misait principalement sur le respect des droits de l’Homme comme argument anti-Maroc. Trump et les Républicains n’en ont que faire de cette idéologie. Le Maroc peut aussi compter sur les lobbies juifs, qui sont généralement pro-Maroc (grâce à Mohammed V, ayant protégé les juifs lors de la Seconde Guerre Mondiale).

La question du Sahara occidental

Le Sahara occidental & le Polisario, problèmes majeurs du Maroc, empoisonnent les relations entre le Maroc et certains Etats africains depuis une quarantaine d’années, et creusent les caisses de l’Etat marocain et algérien.

En outre, le conflit ne touche pas seulement les relations diplomatiques entre les deux pays, mais de façon plus vaste, la sécurité de la région. L’Afrique du Nord et de l’Ouest sont directement impactées par le conflit créé par l’Algérie, et il est question de la stabilité de toute une région.

Les liens entre le Polisario et AQMI (Al-Qaida au Maghreb islamique) ne sont plus a démontrer: la présence de milices d’Al-Qaïda lors des événements de Gdim Izik en 2010 fut prouvée par des vidéos. Le manque d’informations vis-à-vis des populations séquestrées dans les camps de Tindouf est aussi un problème: il est tout à fait plausible qu’un trafic humain se déroule dans ces camps, au bénéfice des groupuscules terroristes.

De ce point de vue là, nous pouvons imaginer que Trump souhaiterait résoudre ce conflit le plus rapidement possible (comme vu plus haut, la guerre contre le terrorisme est l’un des points les plus importants de l’administration Trump). De ce fait, deux solutions s’offrent à nous:

  • Les Etats-Unis défendent le droit à l’autodétermination du Sahara occidental, sans omettre le scénario dans lequel le nouvel état sombre dans une guerre civile ou dans une extrême pauvreté (à la Soudan du Sud) – contexte qui favorisera l’émergence de groupes terroristes, déjà présents dans la région. Si le Maroc joue un rôle important dans la sécurité des Provinces du Sud (Mur de Sable protégé par plus de 100.000 soldats marocains de façon journalière et sans interruption; renseignement militaire, satellite, etc.); ce ne sera plus le cas si l’indépendance a bel et bien lieu (si nous prenons le scénario où le référendum pour l’indépendance passe, ce dont nous n’avons aucune information de source sûre).
  • Nous pouvons imaginer un Maroc encore plus rétracté sur lui-même, minimisant son aide dans la lutte contre le terrorisme aux pays l’ayant supporté dans ce dossier. De ce fait, on peut tout à fait penser que le nombre d’attentats dans les pays occidentaux en général augmentera (par manque de coopération interétatique), sauf peut-être en France, qui demeure un allié diplomatique du Royaume. L’Union du Maghreb, ayant déjà un impact négligeable économiquement, connaîtra sûrement l’adhésion du Sahara Occidentale, mais le Maroc quittera l’organisation, se sentant trahi par ses frères maghrébins. L’Algérie aura atteint son but – elle devient ainsi leader du Maghreb, et probablement du continent.

Ce scénario est assez catastrophique pour la région, car le contexte économique et social de l’Algérie actuellement ne nous permet pas de penser qu’elle pourra assurer la transition région-Etat; et ne pourra certainement pas garantir aux habitants des Provinces du Sud les avantages que le Maroc leur procure actuellement (que ce soit au niveau du standard de vie ou des investissements ayant lieu dans la région). Les régions touchées ne produisent pour l’instant pas assez de richesse pour pouvoir garantir une indépendance économique. Sans oublier les nationalistes marocains, présents en masse au Sahara, qui ne laisseront probablement pas les choses se dérouler comme prévu.

Nous pouvons nous attendre à des révoltes, des rebellions, voire une formation de milice pro-Marocaine, le tout aidé financièrement et militairement par le Maroc, tout comme le Soudan a pu faire au Soudan du Sud.

De ce fait, cette analyse de l’indépendance du Sahara occidental ne semble pas correspondre à la vision de l’administration américaine sous le président élu. Mais reste à analyser le cas où le Maroc a le contrôle légitime de ces provinces. Nous omettrons le cas du statu quo, car il est certain que Trump soit plus proche de la vision de Bush du conflit que celle d’Obama, anti-marocaine car pas assez démocratique à ses yeux.

  • Les Etats-Unis apportent leur soutien au Maroc dans le dossier du Sahara – nous pouvons donc imaginer que l’administration Trump, jouant la carte du pragmatisme plutôt que l’idéologie, ait une vision plus réaliste et stratégique de la question du Sahara. Le soutien sera, dans un premier temps, très bien accueilli par le Royaume. Puis on pourrait s’attendre à une période de haute collaboration entre Trump et Mohammed VI, principalement pour lutter contre le terrorisme et la radicalisation. Le Maroc est en effet le pays le plus stable de la région, avec le Sénégal (allié du Maroc), ce qui est un grand plus. L’idée d’avoir des imams américains formé au Maroc n’est pas impossible, le Maroc jouissant d’un soft-power grandissant, principalement au niveau de l’Islam « modéré » -qui n’est en réalité que la pratique la plus juste de l’Islam. Le Maroc devient donc un allié majeur des Etats-Unis sur ces points. Comme par hasard, c’est justement sur ces points-là que Trump aimerait faire articuler sa politique étrangère.

Ce scénario est bon pour la région. Le Maroc, pays stable et important dans la lutte contre l’extrémisme et le terrorisme, devient encore plus stable grâce au soutien américain dans le dossier du Sahara. La coopération entre le Maroc et les pays d’Afrique de l’Ouest, à majorité pro-Maroc, devient plus importante, et la lutte contre le terrorisme est encore plus présente. Le recul de AQMI et Boko Haram appauvrit de façon non négligeable le Polisario et l’Algérie (la contrebande de drogue n’existant quasiment plus sans eux). Ce scénario est le plus réaliste des deux: le pragmatisme prime sur l’idéologie selon Trump. Le plus important devient la sécurité et stabilité de la région, et non plus les droits de l’Homme, si chers au Démocrates.

Donald Trump plus favorable au Maroc qu’à l’Algérie, ou vice versa?

C’est en effet ce que présente le journal américain du Dallas Time, journal proche des milieux républicains. Mohammed VI et Trump ont en effet eu des entretiens approfondis entre novembre et février. Même si ces entretiens furent plus protocolaires que formels, le journal rapporte que l’apport du Maroc dans la lutte contre le terrorisme n’est pas négligeable, ce qui lui permet d’occuper une place de choix dans la politique étrangère des USA.

Trump n’a probablement aucune connaissance de la région, et sa vision du Maghreb se basera probablement sur celle de ses conseillers. S’il ne dispose d’aucun spécialiste parmi ses conseillers, ce sera alors les intérêts les plus pragmatiques qui primeront. Ou, en reformulant: qui du Maroc ou de l’Algérie possède le deck de carte le plus important?

 

 

Mohammed Tabit389 Posts

Directeur technique du groupe discovery morocco.Entrepreneur web et dévelopeur marocain.

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