Macron: est-il bon pour le Maroc?

Emmanuel Macron, ce 7 mai 2017, a été élu président de la République française. Ainsi, une analyse de ce nouveau candidat s’impose.

Pourquoi Macron n’a-t-il pas visité le Maroc lors de sa campagne présidentielle, comme il a pu faire en Algérie et en Tunisie?

Cette questions reste assez importante si nous souhaitons comprendre si Macron est bon ou non pour le Maroc. En effet, le candidat de En Marche! avait prévu de se rendre dans les trois principaux pays nord-africains avant les élections d’avril 2017: la Tunisie, l’Algérie et le Maroc.

De ce fait, alors qu’il n’était pas encore candidat pour les élections présidentielles de 2017, Emmanuel Macron s’était rendu s’est rendu en Tunisie, plus précisément à Tunis, les 6 et 7 novembre. Il y rencontrera Abdelkefi, le ministre de l’Investissement tunisien, ainsi que les lauréats du prix Nobel de la paix 2015, le « Quartet de la Société Civile ». Il a, de plus, manifesté son intérêt personnel au plan de relance économique de la Tunisie. Il avait aussi souhaité rencontrer Essebsi, alors président de la République tunisienne, mais ce dernier à préféré décliné sa requête.

Ce qui est plus intéressant à mentionné, c’est que ce voyage, qui n’aura duré que quelque jours au final, fut la première étape de la tournée extra-européenne de Macron. Néanmoins, comme vu plus haut, l’intérêt de ce voyage fut minime: au final, rien de concret n’a été dit, signé ou promis. Une visite plus symbolique qu’autre chose. Nous pouvons donc se poser la question suivante: pourquoi Macron a-t-il organisé sa première visite hors Europe en Tunisie? 

Une hypothèse assez simple serait que le nouveau président français souhaitait prendre un pays neutre dans le Maghreb pour y organiser sa première visite. En effet, visiter le Maroc ou l’Algérie aurait été assez révélateur dans la tendance, le tournant géopolitique qu’il aurait développer dans la région MENA. Entre une gauche plus proche de l’Algérie et une droite plus proche du Maroc, il est normal que l’opposition dans le clivage gauche/droite impacte aussi Macron.

Trois mois plus tard, le candidat de En Marche! a choisi de se rendre en Algérie, pour deux jours: les 13 et 14 février 2017.

Dans un interview réalisé par le journal algérien El Watan, et publié le 13/02/17, il clama:

« Pour la France, l’Algérie est une priorité. […] Je souhaite que nous entrions dans une nouvelle phase de notre histoire et je veux placer nos relations dans un avenir partagé, riche des liens tissés entre nos deux peuples. Nous devrons ensemble trouver des domaines de coopération et travailler sur des projets précis, en particulier tournés vers la jeunesse. »

Cela colle avec les propos de l’entourage de Macron. Selon un de ses conseillers de l’ex-ministre de l’Économie:

« [L’Algérie est] incontournable dans une campagne présidentielle [française]». «C’est un pays avec lequel nous n’avons pas de partenariats formalisés mais qui est pourtant un partenaire important. […] Il y a énormément de sujets à aborder, de possibilités de coopération, en pensant notamment aux préoccupations sur la sécurité en Méditerranée. […] Mais sa conviction profonde est que la zone [méditerranéenne] n’est pas l’apanage de la France, mais bien l’affaire de toute l’Europe. »

Peut-on y voir ici une volonté de rapprochement avec l’Algérie? Oui. A défaut du Maroc? Pas forcément. En contextualisant ses propos-ci, tel que la visite au Liban en janvier ou celle qu’il y’aurait du avoir au Maroc, j’y vois plutôt Emmanuel Macron, pour des raisons économiques voir politique, agrandir son champ de vision au pourtour méditerranéen voir aux pays arabes. Macron souhaite par exemple s’appuyer sur l’Algérie et l’Égypte pour agir en Libye, selon auraient selon lui « les mêmes intérêts que nous [la France]». Ce n’est pas vraiment le cas, mais l’idée est là.

Parmi ces intérêts, on peut supposer que Macron souhaite, par le biais d’un renouveau dans les relations franco-algérienne, souhaite, en plus des intérêts énergétiques que la France peut avoir, gagner des voix? En effet, la communauté franco-algérienne est une des plus importante dans le pays de Louis XIV, avec plus d’un million et demi de binationaux. Donc garantir l’électorat d’une des frange les plus jeunes et dynamique de France.

Mais est-ce vraiment une hypothèse tangible? Est-ce que le franco-algérien lambda accorde-t-il une importance à la politique étrangère algérienne? Reformulé différemment: est-ce que les intérêts de la communauté algérienne installée en France sont ils les memes que ceux de leur pays d’origine? La réponse est bien évidement non, mais partiellement. Et donc, par dualité, oui partiellement. De meilleure relation franco-algérienne ne serait que bénéfique pour eux, néanmoins, c’est aussi ce que propose l’extreme-gauche française, avec Jean-Luc Mélenchon a leur tete. Qui a réussi à avoir une très grosse partie des voix des communautés maghrébines et musulmanes en France, mais c’est une tout autre question.

Néanmoins, ce que nous savons comme étant tangible, est l’accueil réservé à Emmanuel Macron par le gouvernement algérien.

Jamais candidat à l’élection présidentielle française n’a été reçu à Alger avec autant d’égards : des rencontres à un haut niveau, dépôt de gerbe de fleurs à Makam El-Chahid [le Mémorial du martyre, édifié en 1982 en hommage aux combattants de la guerre d’indépendance] et autres signes ostentatoires pour donner du relief et du poids à cette visite. Une débauche de gestes protocolaires qui dépassent toutes les limites de la diplomatie ‘secrète’ qu’impose ce genre d’événement, lequel requiert une discrétion et une lucidité à toute épreuve pour ne pas avoir à griller ses cartes vis-à-vis des autres candidats.

— Omar Berbiche, éditorialiste pour le journal El Watan

Comme le dit Berbiche, le traitement accordé à Macron dépasse largement le protocole classique. Si Essebsi avait refusé de rencontrer Macron, comme preuve de respect envers l’actuel président français, François Hollande, le FLN algérien n’accorde pas d’importance à ce détail: cela peut être soit la preuve de tension entre l’Elysée et Alger, soit la preuve que le régime algérien sait pertinemment que Macron a des vues bien spécifiques sur l’Algérie. Où soit qu’ils savaient que Macron serait élu et ont donc tout misé sur lui, mais ce ne serait pas une surprise.

En effet, dès son arrivée au pays de Massinissa, Emmanuel rencontrera et s’entretiendra le ministre des Affaires étrangères, Ramtane Lamamrale, le ministre des Affaires religieuses et des wakfs, Mohamed Benaïssa et la ministre de l’Éducation nationale, Nouria Benghabrit. Mais aussi le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, le ministre de l’Industrie et des Mines, Abdesslam Bouchouareb, le président du Forum des chefs d’entreprise (FCE), Ali Haddad ainsi que les patrons de la presse et des représentants de la société civile algérienne.

Macron reçu par Ali Hadad, président du syndicat patronal algérien, le 14 février 2017. © Anadolu Agency

Par tout ça, une chose est sure: l’Algérie voyait Macron comme étant le seul pouvant améliorer les relations franco-algériennes. Fillon, et son parti Les Républicains, sont réputés proche de la monarchie marocaine, et Le Pen est connu pour ses propos anti-algérien, pas forcément pro-marocain mais les intérêts du Maroc et du FN peuvent coïncider. Mélenchon était encore un outsider en février, et Hammon n’était pas un favoris dans les élections.

Néanmoins, quid du candidat par défaut d’Alger? Est-il, de son coté, aussi pro-Algérie que peut l’espérer le clan d’Oujda? Pas forcément.

Tout d’abord, nous avons vu pourquoi Macron est parti en Tunisie, et pourquoi il est parti en Tunisie. On peut donc se demander, pourquoi Macron devait-il venir au Maroc? Sa venue au Maroc n’est, en soit, pas obligatoire. A un détail près: le futur président français est parti en Algérie, le principal rival du Maroc.

La thèse du favoritisme est néanmoins a écarté. En effet, le candidat souhaitait à venir au Maroc, mais à cause de l’organisation des débats ainsi que des contraintes liés à son agenda personnel, le projet à été avorté. Il a, de plus, annoncé qu’il se rendrait dès que possible au Maroc lorsqu’il sera élu. Meme si j’imagine que le Maroc passera en 2nd plan, après des pays tel que les Etats-Unis d’Amérique ou l’Allemagne, on peut s’attendre à ce que, si Macron visite le Maroc dans les 6 prochains mois, alors le pays aura une importance dans la stratégie qu’il souhaite mener en Afrique, voir dans le Monde.

Plus proche du Maroc ou de l’Algérie?

Il répondu, à propos de ça, que:

«Je n’ai pas à commenter la nature des relations entre le Maroc et l’Algérie car il s’agit de deux pays souverains. Je crois profondément à l’intérêt des pays du Maghreb à coopérer davantage, à intensifier leurs relations économiques, qui restent faibles, de la même manière qu’ils développent leurs relations avec le reste du continent africain.»

La France, selon Macron, possède des relations fortes avec les nations maghrébines. De cette optique, favoriser un des deux pays ne serait pas dans leur intérêts. La France chercherait donc, selon cette logique, à pousser ces pays à coopérer davantage, intensifier leurs relations économiques.

De plus, Aurélien Lechevallier, conseiller diplomatique d’Emmanuel Macron, ce dernier posséderait déjà d’un certain réseau franco-marocain, dans plusieurs domaines variés tel que la politique, l’économie, la culture, et ce grace aux Marocains Résidant à l’Etranger.

« Il existe entre la France et le Maroc une grande relation de proximité, une amitié qui relève de l’évidence. Et parce que, pour beaucoup de Marocains, j’en ai de multiples témoignages, Emmanuel Macron représente la France qu’ils aiment, la France qu’ils ont envie d’aimer. Les bonnes volontés ne manqueront pas, chez les chefs d’entreprises, les artistes, les hommes politiques, pour aider le futur président et Sa Majesté le roi à adapter au monde qui vient le partenariat d’exception qui existe entre nos pays. » 

— Aurélien Lechevallier, dans un interview accordé à TelQuel

Le Sahara

Concernant le Sahara, il semble évident que Macron va surement, dans un premier temps, rester dans la ligne traditionnelle française. Ce n’est qu’une question de temps avant que le président des Français ne clame que la France soutient les efforts du Secrétaire Générale des Nations unies dans la recherche d’une solution politique juste, durable et mutuellement agréée, sous l’égide des Nations unies et conformément aux résolutions du Conseil de sécurité.

Lechevallier a néanmoins souligner un point important: « Il [Emmanuel Macron] considère que le plan d’autonomie présenté par le Maroc en 2007 constitue l’une des bases sérieuses et crédibles pour une solution négociée ». L’utilisation du pluriel peut être assez problématique: Macron considère-t-il qu’il existe d’autre bases sérieuses et crédibles? Si oui, parmi ces bases, l’indépendance est-elle une option?

Ce n’est peut-être qu’un détail, mais ce détail-ci pourra avoir son importance à l’avenir.

Concurrence économique?

L’ouverture de Macron à l’Afrique pourra être problématique. En effet, un risque de concurrence pourra etre accru en Afrique de l’Ouest, qui est le jardin du Maroc. De ce fait, Macron souhaite travailler en coopération avec les autres pays africain, afin d’éviter ce type de situation.

Conclusion

Macron n’est pas le meilleur choix pour le Maroc, mais n’est clairement pas le pire. Après avoir évité un Mélenchon de justesse, dont l’ancien parti soutenait le Front Polisario, mais aussi un Fillon voir un Le Pen qui aurait probablement pu être de meilleur candidat pour Rabat; Macron souhaite réformer la géopolitique française en Afrique, ce qui passe par une amélioration des relations avec l’Algérie.

Néanmoins, ce qui est fait est fait. Macron est élu président, et le Maroc doit faire avec. En faisant preuve de pragmatisme économique, il est sur que cet homme sera bon pour le Maroc.

 

Mohammed Tabit389 Posts

Directeur technique du groupe discovery morocco.Entrepreneur web et dévelopeur marocain.

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