Pourquoi le Maroc devrait-il avoir des relations diplomatiques avec la Catalogne.

Francesc Homs, porte-parole du Gouvernement de la Catalogne.

Le mardi 20 septembre 2016, se déroulait à New-York, la 71e session de l’Assemblée générale des Nations Unis. Si plusieurs états, tels que la France, l’Argentine ou le Malawi, ont participé à l’événement par le biais de plusieurs déclarations, celle qui nous attire aujourd’hui est celle de l’Espagne, dictée par le roi Felipe d’Espagne en personne.

Ce que le Maroc retiendra en particulier de l’événement, sera probablement les mots du souverain espagnol vis-à-vis du conflit du Sahara. En effet, ce dernier dira, pendant son intervention :

« España apoya los esfuerzos de Naciones Unidas en favor de una solución política, justa, duradera y mutuamente aceptable que prevea la libre determinaciòn del pueblo del Sahara Occidental en el marco de disposiciones compatibles con los propósitos y principios de la Carta de Naciones Unidas. E1 Consejo de Seguridad renòvo en abril por un año el mandato de la MINURSO. A este respecto, España saluda el restablecimiento de las capacidades de la misión, en cumplimiento de lo estipulado por el Consejo de Seguridad en la resolución 2285. Animamos a las partes a retomar el diálogo con vistas a resolver finalmente este contencioso.» — Felipe VI

Une traduction approximative et résumée des propos du roi Felipe d’Espagne où il déclare que l’Espagne soutient le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui, tout en se félicitant du renouvellement du mandat de la Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un Référendum au Sahara Occidental (MINURSO).

Le plus choquant dans cette affaire, au-delà de la mise en évidence du double-jeu de Madrid dans ce dossier, est bel et bien que cette déclaration ne choque pas les éléments de la diplomatie. En effet, le soutien de la diplomatie espagnole au Polisario, et de façon plus générale, au détracteur du Maroc, a toujours été in pectore.

De manière historique, le Maroc et l’Espagne ont constamment été en guerre constante, et ce, depuis l’invasion arabo-berbère de la péninsule arabique. Le comportement de l’Espagne vis-à-vis du Sultanat, lors de la période pré-colonisation, est assez révélatrice de la sournoiserie de la nation castillane. Mais est-ce l’unique raison de la politique provocatrice de Madrid ?

La réponse est probablement négative. Pour comprendre cette politique étrangère, il faut l’analyser au coup sur coup, c’est-à-dire, analyser la situation diplomatique et stratégique entre les deux états. En effet, si la coopération entre le Maroc et l’Espagne reste stratégique pour ce ce dernier (lutte contre le terrorisme, lutte contre l’immigration clandestine, etc.), le Maroc ne répond pas aux provocations abusives de l’état castillan. Ces provocations peuvent se traduire par le soutien au référendum d’autodétermination comme solution viable et juste par la diplomatie madrilène, le fait que l’Espagne accepte d’abriter des bureaux de contact du Polisario sur son territoire.

Même si le rôle actuel du roi Felipe VI est purement symbolique, étant donné que la constitution du Reiño de España ne lui confère aucun pouvoir diplomatique, il n’en reste pas moins que ce discours ne devrait pas laisser Sa Majesté Mohammed VI indifférent. Si Felipe VI souhaite promouvoir comme unique solution un référendum pour l’indépendance, alors le roi du Maroc se doit d’en faire de même, vis-à-vis de la nation catalane.

En effet, la Catalogne a, depuis son intégration au royaume castillan, toujours lutté pour son indépendance, et les différents mouvements pro-indépendantistes et pro-catalans n’ont fait que se multiplier suite au régime franquiste, n’ayant fait qu’attiser leurs envies de séparation après une politique de centralisation pro-castillane. Le Maroc doit faire comprendre à son voisin du Nord que ce premier agit si ses intérêts sont directement affectés. Plaider pour un référendum en Catalogne et critiquer le système judiciaire de Madrid serait donc faire d’une pierre deux coup. En effet, l’Espagne est une partisane de la fameuse doctrine de « l’autodétermination des peuples ». Néanmoins, elle n’applique cette dernière que lorsqu’elle sert ses intérêts. Nous ne verrons jamais cette dernière s’appliquer pour les peuples basques, catalan, Guanches ou galicien, malgré la présence officiel d’une dizaine de mouvements indépendantistes parmi les différentes régions citées.

Carte montrant les régions dans laquelle des mouvements séparatistes luttent pour les indépendances (liste non exhaustive).

Les Marocains ont, en général, toujours eu une relation de dominé-dominant avec les Occidentaux, et l’exemple de l’Espagne est flagrant. Ces premiers ne vont jamais mettre en évidence l’existence de mouvements indépendantistes en Catalogne, afin d’essayer de contrer les arguments de Madrid, alors que c’est justement à ce niveau que le point faible de l’Espagne est révélé : un conglomérat de plusieurs peuples de la péninsule, très fragile sur le plan culturel car en constante lutte contre le pouvoir central, pro-castillan.

Le Maroc a, par exemple, défendu le droit à l’autodétermination kabyle lors du 70e anniversaire de la création des Nations Unies, afin de lutter contre la politique vis-à-vis du Maroc de l’Algérie. Cette déclaration a fait prendre de panique le régime d’Alger, qui s’est calmé sur le coup, avant de reprendre son chemin et sa politique habituelle.

Une décision symbolique aurait été de laisser le droit à la Catalogne d’ouvrir une représentation diplomatique à Rabat, et vice versa. Pourquoi ne pas l’étendre à la Kabylie donc ? Cela n’est pas la question de cette analyse, même si on pourrait se poser la question. En effet, comme chaque peuple souhaite avoir un état, la visibilité au niveau internationale est donc prioritaire. Romeva, le ministre des affaires étrangères du gouvernement catalan, aurait donc intérêt d’obtenir de bonnes relations avec le Maroc, et sera sûrement très heureux de la proposition du Royaume. Une décision bien symbolique, comme dit plus haut, mais qui permet de faire d’une pierre deux coups : d’un côté, avoir de bonnes relations avec le gouvernement catalan, qui pourra servir la cause du Royaume en cas d’indépendance, et de l’autre, montrer que le Maroc ne sort pas indifférent des constantes humiliations de Felipe VI envers le Royaume chérifien. Il montre, de plus, que le roi espagnol ne peut pas utiliser un idéal uniquement lorsque ce dernier lui est favorable : si l’Espagne veut bel et bien l’utilisation d’un référendum comme seul et unique solution ? Très bien. Mais dans ce cas, autant le faire en Catalogne de la même façon. De toute façon, il n’est qu’une question de temps avant que ces derniers accèdent à leur indépendance.

De plus, ce n’est pas comme si le gouvernement catalan était anti-marocain : le « Plan Marruecos 2014-2017 », adopté en septembre 2014 par le gouvernement en exil de Catalogne, propose par exemple d’accorder le droit de vote aux marocains installés en Catalogne (représentant un peu plus de 300.000 âmes en 2015, et qui ont toujours été paradoxalement opposé à l’indépendance en majorité), l’enseignement obligatoire des langues nationales du Royaume pour les étudiants d’origine marocaine, ou encore de donner à Rabat la responsabilité de la gestion du culture musulman (comme ce que le Maroc fait déjà avec plusieurs pays, dont le Sénégal, le Mali, la Finlande, la Pologne, etc.).

Ce plan-ci donne un place-clé au Maroc dans le développement de la Catalogne, et est une occasion en or de pouvoir développer le soft-power marocain en Europe, ce qui se fait déjà et ne fait qu’accélérer. Les liens entre le Maroc et la Catalogne existent, sont solides, et le Maroc a intérêt à les consolider à l’avenir.

Il faut aussi se mettre en tête l’idée que le Maroc avait déjà, par le passé, abrité une délégation catalane. En effet, elle fut située à Casablanca, avant d’être fermée en mars 2003. Les relations avec l’Espagne n’étaient pas à leur meilleure à cette époque-là, et la fermeture n’a, en rien, changer la vision péjorative de l’Espagne sur le Maroc.

Ainsi, il est dans l’intérêt du Maroc de devoir utiliser la question des indépendantistes ibériques & catalan afin de riposter contre la politique provocatrice de Madrid. Une des options seraient d’ouvrir des bureaux de représentations diplomatiques avec les-dits mouvements, ou bien d’accueillir les opposants politiques espagnoles ou les indépendantistes sur le territoire.

 

Mohammed Tabit389 Posts

Directeur technique du groupe discovery morocco.Entrepreneur web et dévelopeur marocain.

0 Comments

Leave a Comment

Login

Welcome! Login in to your account

Remember me Lost your password?

Don't have account. Register

Lost Password

Register