Qui pour remplacer Christopher Ross?

Le 6 mars 2017, plus ou moins 8 ans passés à essayer de régler ou de faire durer, selon les différentes analyses de son mandat, le problème du Sahara occidental, le porte-parole des Nations unies a annoncé la demission officielle de Christopher Ross, l’émissaire de l’ONU pour le Sahara occidental.

Si cette démission semble logique, le dossier n’ayant fait aucune avance depuis 2009 et Ross a été assez passif lors des dernières années, mais elle souligne aussi l’incapacité des Nations unies à trouver une solution réaliste et pragmatique au conflit, pouvant plaire au temps au Maroc et au Front POLISARIO (et donc, à l’Algérie).

Il serait très intéressant de pouvoir analyser le mandat de Ross à la tête de la MINURSO, mais ce n’est pas la question de cet article, qui sera plutôt un article d’analyse que d’anticipation. À court terme, l’objectif des Nations Unies sera de trouver deux nouveaux diplomates pouvant succéder à Christopher Ross.

Deux noms auraient émergés dans les couloirs de l’organisation mondialiste: l’Espagnol Miguel Ángel Moratinos Cuyaubé, membre du Parti Socialista Obrero Español, Parti socialiste et travailliste espagnol et ancien Ministre des Affaires étrangères sous Zapatero entre 2004 et 2010, et l’Américain John Bolton, ambassadeur américain au sein des Nations unies entre 2005 et 2006. De façon logique, la décision dépend de l’administration américaine.

John Bolton, l’option privilégiée d’Alger.

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Concernant John Bolton, sa position vis-à-vis du Sahara occidental est plus ou moins explicite. L’Américain a un argument de taille: il connaît en effet déjà le dossier, lui qui a travaillé dans l’équipe de James Baker, qui fut un envoyé Personnel du secrétaire général des Nations unies au Sahara occidental. D’une façon générale, Bolton et Baker tiennent des opinions plus ou moins similaires concernant le dossier du Sahara. Il a aussi tenu plusieurs positions, en tant qu’ambassadeur américain aux Nations unies (du 1er août 2005 au 9 décembre 2006), qui ne furent pas toujours dans l’intérêt du Maroc.

En effet, Bolton se considère lui-même comme un néoconservateur américain, assez proche de l’establishment mais aussi très proche des visions de Trump sur plusieurs points. L’une d’elles est l’absence de foi dans les organisations mondialistes, telle que les Nations unies. Il considère aussi que le budget accordé par les Nations unies pour la MINURSO était un fardeau, et que l’organisation au plus tot d’un référendum afin d’accorder plus de fond à d’autre dossiers. Paradoxalement, il défendit un élargissement du mandat de la MINURSO, ainsi qu’une focalisation de cette dernière sur les droits de l’Homme, et, de façon plus paradoxale, il acclama en parallèle que la MINURSO échoua à sa mission d’organiser un référendum et que la mission onusienne devrait être terminé au plus tôt.

Néanmoins, il publie une autobiographie en 2008, nommée « Surrender is not en option ». La seule chose « pertinente » qu’on peut en ressortir du court chapitre de sa vie à propos de rôle d’ambassadeur à l’ONU est que sa position sur le référendum est plus liée au rejet de l’ONU comme institution mondialiste plutôt qu’un soutien quelconque à l’idéologie du POLISARIO.
Est-ce aussi pertinent que ça? Oui et non. Cela marque qu’il n’accorde pas tellement d’importance au conflit en lui-même, mais plus l’institution. Mais dans les deux cas, son ascension n’est pas bonne pour le Maroc, et pourra même être pire que le mandat de Ban-Ki moon.

Moratinos, l’option la moins mauvaise pour le Maroc.

L’ancien ministre des Affaires étrangères espagnol, Miguel Angel Moratinos (gauche) en compagnie de son équivalent marocain, Mohammed Benaissa (droite), répondant à des questions lors d’une conférence tenue à Madrid, le 9 juin 2004.

Bolton n’est définitivement pas une bonne option pour le Maroc. Quid de Moratinos? Eh bien, en tant qu’ancien ministre des affaires étrangères espagnol, nous pouvons analyser la politique qui fut menée par ce dernier vis-à-vis du Royaume chérifien.

De loin, ce dernier jouit d’une proximité diplomatique avec le Maroc: il a en effet cherché à réchauffer les relations entre Rabat et Madrid, et a habilement réussi à gérer la crise maroco-espagnole de 2007. Autre point, n’ayant pas forcément son importance: Guterres et Moratinos sont des figures emblématiques de l’Internationale socialiste.
En décembre 2016, il réponda à une question vis-à-vis de l’avenir du dossier du Sahara. Sa réponse, traduise en française, fut:

Je suis optimisme et prédis une résolution très proche de ce dossier. Connaissant personnellement le nouveau Secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, je peux vous assurer que c’est quelqu’un qui a beaucoup d’expérience politique, avec une grande capacité de dialogue et surtout qui privilégie les compromis politiques. Même si certains estiment que la résolution du dossier du Sahara est difficile, je reste pour ma part très optimiste quant à une issue favorable du dossier du Sahara. Antonio Guterres traitera le dossier du Sahara avec beaucoup de sagesse.

Un autre point intéressant est que l’ancien ministre fut sous l’administration Zapatero, qui fut favorable au Maroc entre 2004 et 2010. Les diplomates américains considèrent que l’Espagne avait fourni un gros coup de pouce au Maroc à cette époque.

La balance penche vers…

… personne, du moins, pour l’instant ? Dans l’absolu, le choix de l’envoyé spécial du SG de l’ONU au Sahara occidental sera l’image de la vision de l’administration Trump pour l’Afrique du Nord. Or, nous n’avons littéralement aucune idée sur cette dernière, et pouvons difficilement analyser précisément ce que veut Trump, entre le Maroc et l’Algérie.

L’analyse anticipatoire de la vision américaine en Afrique du Nord mérite en elle-même un article, mais le Maroc semble avoir un petit avantage sur l’Algérie: les États-Unis sont devenu très récemment un pays producteur de pétrole, ce qui fait que son intérêt énergétique vis-à-vis de l’Algérie semble être revu à la baisse.

Néanmoins, cela dépend aussi de l’intérêt que Trump pourra donner au dossier. Se cassera-t-il la tete sur un dossier secondaire pour les États-Unis? Probablement pas. Sous-traitera-t-il ce dossier aux services concernés? Probablement. En tout cas, un Européen serait privilégié si Trump considère le dossier comme non pertinent.
Gardons néanmoins que ce ne reste que des bruits de couloir, et qu’il y a autant de possibilités que Bolton ou Moratinos deviennent les futurs EP du SG que d’autres noms dont nous n’aurons jamais entendus parler.
Mais en tout cas, le Maroc doit absolument refuser que Bolton soit le successeur de Ross. Nous avons déjà fait cette erreur en acceptant un ancien ambassadeur américain en Algérie. La refaire une 2nde fois serait de la folie.

 

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