Maroc-Cuba : Les dessous des retrouvailles entre deux ennemis

Rabat et La Havane ont annoncés l’accord de rétablissement des relations diplomatiques au niveau des ambassadeurs. Signé vendredi 21 avril à New York entre les représentants permanents de ces deux Etats à l’ONU, la diplomatie marocaine vient de frapper un grand coup dans sa lutte diplomatique anti-Polisario.

En 1980, la république de Cuba avait reconnu la RASD, ce qui avait entraîné la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays.  Ces retrouvailles ne sont pas le fruit du hasard mais reste lié au concept de la « realpolitik » et des intérêts mutuels en matière de commerce, d’investissements etc.

D’où viennent les différences entre le régime marocain et le régime cubain ? 

Le Maroc est, constitutionnellement, une monarchie constitutionnelle, parlementaire et sociale tandis que Cuba s’affirme comme une république socialiste à parti unique : le parti communiste cubain.

Le Royaume a adhéré, très tôt au multipartisme, à l’économie de marché, au libéralisme et à l’ouverture vers le monde, tandis que le second, bien que se libéralisant progressivement, reste l’un des derniers bastions du « socialisme scientifique » prôné par Karl Marx, de l’économie planifiée et quasiment autarcique, mais aussi de la pensée unique et de « la dictature du prolétariat ».

Deux modèles politico-économiques totalement opposés, ce qui explique, en bonne partie, que Rabat et La Havane ont appartenu à deux camps différents lors de la guerre froide et de la division bipolaire du monde, jusqu’à la chute du Mur de Berlin, (1945-1989).

L’appartenance au camp de l’Ouest comme première rupture entre Rabat et La Havane :

Sous le Roi Mohammed V et la pression des intellectuels de gauche, le Maroc s’était orienté vers le Mouvement des Non-Alignés soutenant la décolonisation de plusieurs pays africains en livrant des armes, aide diplomatique : Algérie, Angola, Mozambique, Afrique du Sud, Cap-Vert, Guinée-Bissau, RD Congo. Le Royaume avait donc noué des relations avec les pays du tiers-monde. En août 1959, Che Guevara rendait visite à Moulay Abdallah Ibrahim pour nouer des relations commerciales : sucre cubain contre phosphate marocain. 

Lorsque Hassan II monte sur le Trône, il tourne la page au tiers-mondisme pour guider le Maroc vers le camp occidental avec une politique pro-pluralisme, libéral ainsi que le développement de l’agriculture. Ainsi, ce choix d’orientation stratégique commença à éloigner Rabat et La Havane.

Survient, ensuite,  la fameuse crise des missiles , en 1962 et l’entrée en vigueur du blocus américain contre l’île « révolutionnaire et marxiste-léniniste » située à 500 kilomètres des côtes de Floride, le Maroc, qui se rapprochait progressivement du bloc occidental, mit fin à l’accord bilatéral avec le régime castriste, sous la pression directe des Etats-Unis.

Le FLN algérien de Ben Bella s’empressa de prendre la place du Maroc dans la politique cubaine en Afrique du Nord. Ainsi Cuba s’alliera à l’Algérie socialiste et l’Egypte/Libye durant la Guerre des Sables qui éclata entre le Royaume et l’Algérie. Ce premier acte signe la fin

Le refroidissement diplomatique s’accentua par la disparition et l’assasinat de Mehdi Ben Barka, grand acteur de la Tricontinentale, du Mouvement des Non-Alignés et figure importante du tiers-mondisme au Maroc.

Après la formation du Polisario par l’Algérie et la Libye sous idée espagnole, Cuba s’engage auprès du FLN de former les jeunes du Polisario à l’idéologie partagée par ces régimes et de lutter contre le Maroc.

Cuba redevient pragmatique 

Depuis les années 2010, La Havane a décidé de procéder à une révision majeure de sa politique extérieure, mais aussi de son modèle de développement économique. Cette raison est lié par la chute des pays communistes et de l’impact idéologique dans le monde. Plusieurs pays communistes et dictatoriaux se sont tournés vers le libéralisme de marché et ont assurés une croissance économique remarquable, surtout en Amérique Latine.

Ensuite, le régime socialiste de Cuba n’était pas très actif à l’ONU contre le Maroc. Ce geste n’est pas passé inaperçu auprès de Rabat qui, dès 2014, avait envoyé une note au ministère des affaires étrangères suggérant un renouveau diplomatique entre les deux pays.

La visite de Barack Obama sur l’ile, le rétablissement des relations avec Washington, la privatisation de certains secteurs, la possibilité d’échanger en dollars américains sont d’autant de facteurs qui ont convaincus de la volonté cubaine de tourner la page du socialisme archaique.

La politique marocaine continue sa diplomatie pro-active préconisant une coopération Sud-Sud dans un contexte mondialisé. Certes, Cuba reste encore proche d’Alger mais se tourne vers une neutralité positive pour le Maroc. A l’échelle mondiale, le Polisario n’est plus reconnu comme un représentant légitime des saharaouis. La dernière poche des pro-Polisario se situe en Afrique australe et au Venezuela,Uruguay et Bolivie. Le Maroc tâchera à l’avenir d’englober l’ensemble de ces pays pour une nouvelle vision.

En conclusion, le Maroc renoue t-elle la vision de Mohammed V mais avec le contexte du libéralisme du 21ème siècle ? Tout porte à le croire.

 

Mohammed Tabit389 Posts

Directeur technique du groupe discovery morocco.Entrepreneur web et dévelopeur marocain.

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